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| Vous lisez le Quotidien du Mercredi 24 octobre 2012 | paru à Porto-Novo | n°: 2097 | année d'édition: 8 |

Outre les réseaux sociaux et autres fora où le débat fait rage, sur les médias conventionnels, les Béninois restent sans voix face à la présumée tentative d'empoisonnement du chef de l'Etat, ébruitée par la presse dimanche puis confirmée lundi par le Procureur général près la Cour d'appel de Cotonou et le Commissaire central de la même ville. La raison de cet attentisme généralisé, qui tient à la fois du scepticisme et de la prudence, c'est que l'affaire de l'empoisonnement fait froid dans le dos, à cause de la qualité des protagonistes. C'est peut-être le lieu pour Patrice Talon, mis à l'index divers de sortir de son silence.
Attentisme, scepticisme, prudence et silence qui en dit long… Il n'y a que ces mots pour qualifier la réaction des Béninois face au dossier qui ébranle la République depuis les premières heures de cette semaine. Tout le monde est tétanisé par ce qui est devenue l'affaire Moudjaidou, relative à une tentative présumée d'empoisonnement du président Boni Yayi, révélée lundi par le Procureur général près la Cour d'appel de Cotonou, Justin Gbènamèto, assisté du Commissaire central Louis Philippe Houndégnon.
Les protagonistes ? Une nièce de Boni Yayi, qui fait aussi office de gouvernante à son domicile privé, Zoubérath Kora ; le médecin personnel du chef de l'Etat, Ibrahim Mama Cissé, et l'actuel directeur général d'une société parapublique, Soumanou Moudjaïdou, ancien ministre puis conseiller technique du même président, sont montrés comme les auteurs et complices d'une tentative d'homicide qu'on dit commanditée par Patrice Talon, l'homme qui aurait pourtant financé en 2006 et en 2011, les deux victoires électives du chef de l'Etat béninois et qui, depuis peu, est en froid avec son cheval gagnant.
La nature du dossier et la qualité des personnes mises en cause en font une affaire très grave, que les faits tels qu'ils ont été présentés soient avérés ou non. Car comme le disait sur une radio internationale l'avocat Joseph Djogbénou, la seule certitude dans cette affaire, est qu'il y a complot. Reste à déterminer est le vrai comploteur.
De deux choses, l'une. Soit Patrice Talon est effectivement commanditaire du coup et cerveau du complot contre le chef de l'Etat, soit c'est ce dernier qui ourdit contre Patrice Talon un complot, dans la suite des actes posés depuis peu pour mettre à mal tous ses intérêts économiques. Dans le premier cas, nous serions face à un acte tout simplement bête et inhumain, une tentative de meurtre sur la personne du président de la République par un citoyen béninois, pour des intérêts économiques, quels qu'ils soient. Pis, les proches de Boni Yayi démarchés pour le crime contre de l'argent se révéleraient d'inqualifiables pantins cupides. A contrario, Si c'est un montage élaboré pour avoir la peau de Patrice Talon, et que ce soit une initiative prise au sommet de l'Etat, nous aurions atteint un niveau de pourrissement moral inouï dans la gestion des de la Cité. Et ceux qui, dits proches du chef de l'Etat, sont aujourd'hui supposés passés aux aveux, auraient tout simplement prêté le flanc à une vilaine comédie. Juste pour noyer un seul homme, Patrice Talon, qui paierait pour avoir fait perdre le sommeil au sommet de l'Etat.
La présumée tentative d'empoisonnement de Boni Yayi n'est que la dernière de la série des affaires de l'actualité récente qui mettent en scène Patrice Talon. Avant celle-là, il y a eu l'affaire Pvi-nouvelle génération, l'affaire coton, la supposée déstabilisation des institutions de l'Etat. Face à tout ce qu'on lui fait porter comme fardeau, la seule attitude observée chez l'homme d'affaire est le silence, et peut-être son actuel exil volontaire. Or, aux temps forts de la crise du coton, un autre pair à lui, Sébastien Ajavon, dont l'entreprise était sous le coup de redressement fiscal record, était sorti de ses gongs pour donner le change au chef de l'Etat. Et l'exercice semble avoir payé. Le résultat ? Cette affaire tend depuis à être classée et Ajavon reconsidéré comme un opérateur économique national qu'on ne harcèle plus. Il semble bien que dans le cas de Talon, l'exercice devient urgent à faire, pour permettre aux Béninois de se faire une religion sur toutes ces affaires qu'on lui colle au dos.